Reporting RSE

Passer du reporting RSE au rapport de développement durable

Ce mois de mars s’annonce particulièrement chargé pour les directions développement durable des entreprises qui ont clôturé le 31 décembre dernier, et qui répondent aux statuts et seuils fixés par l’article 225 de la loi Grenelle 2. Elles vont devoir intégrer dans le rapport de gestion de leur entreprise et, pour les entreprises cotées, dans le document de référence, les données quantitatives et informations traduisant la prise en compte des conséquences sociales et environnementales de leurs activités. Certaines entreprises publieront également, via différents supports, un rapport de développement durable.

 

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Instaurer un dialogue pérenne auprès des parties prenantes

Ce faisant, au sens du décret d’application de l’article 225 de la loi Grenelle 2, l’enjeu du contenu du rapport de gestion, et par là même du DDR (document de référence) est, principalement, de permettre aux investisseurs de comprendre l’entreprise d’hier, d’aujourd’hui et surtout de demain. On s’inscrit ici dans une approche globale de l’entreprise où le modèle économique est corrélé aux risques associés; l’analyse de l’entreprise ne s’arrête pas au seul compte de résultat.

Dans cette veine, les indicateurs présentés n’ont de sens que s’ils prennent en compte la réalité des impacts de l’entreprise. Ainsi la matérialité des indicateurs implique que l’entreprise les intègre dans une approche contextuelle mais surtout stratégique, et leur associe des objectifs clairs. Les tenants du reporting intégré (IIRC) vont d’ailleurs dans ce sens. Au passage, on aura noté que l’ISO 26000 venait de publier un guide ISO 26000 et Rapport Intégré (ISO 26000 and the International Integrated Reporting Framework briefing summary)…signe des temps !?

Rappelons que selon le décret n° 2012-557 du 24 avril 2012 relatif aux obligations de transparence des entreprises en matière sociale et environnementale, «Le rapport du conseil d’administration ou du directoire […] expose […] les actions menées et les orientations prises par la société et, le cas échéant, par ses filiales […] ou par les sociétés qu’elle contrôle […] pour prendre en compte les conséquences sociales et environnementales de son activité et remplir ses engagements sociétaux en faveur du développement durable. Il présente les données observées au cours de l’exercice clos et, le cas échéant, au cours de l’exercice précédent, de façon à permettre une comparaison entre ces données. Il indique, parmi les informations […], celles qui, eu égard à la nature des activités ou à l’organisation de la société, ne peuvent être produites ou ne paraissent pas pertinentes, en fournissant toutes explications utiles.»

La contextualité et la matérialité des indicateurs, suggèrent que la double liste des thématiques imposées par l’article 225 soit utilisée avec le plus grand discernement. Ainsi, quelle serait la pertinence pour une entreprise industrielle non cotée de ne pas évoquer en matière de sécurité son taux de gravité ?
Au-delà de la double liste, c’est la granularité des thématiques qui intéressera les investisseurs comme d’autres parties prenantes. On pourrait ici citer le cas d’une entreprise, présente à l’international dans des zones à carence hydrique, utilisant l’eau dans son process industriel et qui reporterait sa consommation comme une entreprise de service le ferait pour le simple usage sanitaire. On voit dans cet exemple le lien direct avec les investissements nécessaires, le risque de production.

Considérons maintenant une entreprise qui a satisfait aux exigences de l’article 225, qu’elle soit cotée ou non, les données quantitatives et les informations qualitatives ont bien été intégrés dans le rapport de gestion et dans le DDR. Se pose dès lors la question, notamment pour les entreprises nouvellement assujetties à cette obligation, de savoir s’il faut faire ou non un rapport spécifique, qu’il soit appelé rapport de développement durable ou rapport RSE.

 

Pourquoi, pour qui et comment réaliser un rapport de développement durable ?

 

Pour peu que l’on ait cartographié ses parties prenantes et que l’on ait identifié leurs attentes, on arrivera rapidement à la conclusion que les seuls rapports de gestion et DDR ne sauraient apporter le contenu permettant d’instaurer ou de pérenniser le dialogue avec elles. Et même si cette analyse n’a pas été faite, les entreprises arriveront rapidement à la conclusion que la publication des données extra financières dans les documents exigées par la loi seront insuffisants pour porter le discours RSE de l’entreprise, démontré dans les actes et preuves à l’appui (bien sûr).
Publier un, voire plusieurs rapports de développement durable, est donc une démarche volontaire, qui vient compléter le ou les documents répondant à la seule exigence de conformité. S’il n’existe pas de cadre défini, l’exigence de cohérence et d’univocité des messages, conduit les entreprises à reprendre la structure « réglementaire » du rapport de gestion, tout en l’enrichissant de données, d’informations et de bonnes pratiques, en choisissant d’utiliser le référentiel GRI G4, critères essentiels ou exhaustifs.

Au fil de l’eau, les parties prenantes s’aguerrissent en matière de connaissance des enjeux du développement durable. Elles attendent donc que les entreprises présentent leurs enjeux de développement durable, leurs engagements opérationnels, leurs actions, et le tout supportés par des indicateurs pertinents et des informations fiables. Elles attendent du fond, elles attendent du sens et bien sûr, elles attendent de la transparence. Le temps des beaux rapports privilégiant la qualité photographiques et autres artifices graphiques au détriment du contenu est révolu. Fini le greenwashing, fini le greenblushing !

L’image se construit sur le fond, sur la capacité à traiter les vrais sujets, même les sensibles. Ce qui ne veut bien évidemment pas dire qu’il faille désormais faire du monolithique ou du triste. Il faut bien donner envie de lire et rendre l’information accessible…à ses parties prenantes dans leur pluralité et par là même dans leurs habitudes de lecture, oserai-je dire dans leurs habitudes de consommation de l’information.

Se poser la question préliminaire et essentielle de la composition de son lectorat, de ses attentes et de ses différents niveaux d’expertise, revient rapidement à considérer qu’il sera bien difficile d’adresser tout un chacun avec un seul et même document. D’autant plus que l’inexorable montée en puissance de l’usage d’internet et des réseaux sociaux vient modifier la donne. Les entreprises les plus matures ont mis en place de véritables architectures multimodales de publication afin de permettre aux différentes parties prenantes d’accéder à l’information qui leur est utile, avec différents niveaux de détails. Sites internet dédiés et résonnance des réseaux sociaux, générateurs de dialogue.

Finalement, la prise en compte des parties prenantes devient l’élément structurant du contenu et de l’usage des contenants pour la publication des données et informations liées aux « conséquences sociales et environnementales de son activité et à ses engagements sociétaux en faveur du développement durable ».

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