Reporting RSE

La controverse du risque extra-financier

Ces derniers mois, la RSE a fortement été associée à la notion de risque. La cartographie des risques extra-financiers est au cœur de l’application des lois Sapin II et Devoir de vigilance ; elle est un des quatre pré-requis de la mise en œuvre de la Déclaration de performance extra-financière. Deux ans  après l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance et alors que les premières DPEF sont publiées, un constat s’impose. Le  risque extra-financier fait l’objet d’acceptions pour le moins fluctuantes.

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Le risque extra-financier encore partiellement appréhendé

Deux ans après l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance, les six ONG (Sherpa, Amnesty International, Amis de la Terre, Action-Aid Peuples Solidaires, CCFD-Terre solidaire et le collectif éthique sur l’étiquette) qui en ont soutenu la publication,  dressent  un bilan très mitigé de sa mise en œuvre. Elles ont analysé 80 plans de vigilance sur les 300 entreprises assujetties. Si selon elles, les plans publiés sont globalement déficients, elles pointent notamment le manque de consistance de l’analyse des risques extra-financiers.

« On constate malheureusement que les objectifs de la loi ne sont que très partiellement pris en compte. Ces premiers plans sont très hétérogènes, ce qui montre que, face à la nouveauté de l’exercice, chaque entreprise applique la loi avec des niveaux d’exigence disparates, la plupart des plans étant encore très centrés sur les risques pour les entreprises, et non pas pour les tiers ou l’environnement. »

 

Une DPEF, des méthodes

Quant à la DPEF, rappelons ici les enseignements des travaux menés au sein des ateliers que le Medef avait organisés en 2018. L’atelier du 28 juin était justement consacré à l’analyse des risques extra-financiers.  Le compte rendu indique que « L’analyse de risque RSE intègre l’impact potentiel sur l’entreprise et sur la société, ce qui n’est pas toujours le cas de l’analyse de matérialité. » Cependant, sur la question de la méthode à mettre en œuvre pour sélectionner les principaux risques, l’atelier concluait fort étrangement  « Il n’est pas nécessaire de faire intervenir des parties prenantes externes. » Six mois plus tard,  le guide de référence pour les plans de vigilance publié par Sherpa préconisait quant à lui d’impliquer les parties prenantes dans l’exercice d’analyse de risque extra-financier des filiales et de la supply-chain.

Dès lors qu’il s’agit de prendre en compte les risques exercés par l’entreprise directement ou indirectement sur la société. La prise en compte des parties prenantes externes de l’entreprise apparait comme un incontournable pré-requis méthodologique. Dans quelques semaines, les management letters des OTI sur les DPEF 2018 ainsi que la 7ème étude Tennaxia sur les pratiques de reporting et rapport RSE devraient apporter un éclairage sur l’identification des risques extra-financiers. A la lumière des premiers retours d’expérience, il serait étonnant que l’hétérogénéité des méthodes utilisées pour l’analyse des risques, ainsi que la nécessité de mettre en œuvre des axes de progrès, ne figurent pas au menu des enseignements de l’étude.

Ainsi, il est nécessaire de prendre en compte des axes de progrès à mettre en œuvre, dès cette année, car tout laisse à penser que les ONG seront des plus vigilantes sur l’analyse des risques extra-financiers des DPEF des grands groupes. Les investisseurs ne devraient pas être en reste, compte-tenu de la prise en compte croissante des aspects ESG dans leurs prises de décision.  Enfin, on voit mal comment les entreprises pourraient demain formaliser leur raison d’être sans s’appuyer sur des démarches robustes d’analyse des risques extra-financiers.

 

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